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Des faits et des chiffres

 

Quel est le niveau des inégalités de revenus en Belgique ?

Dernière mise à jour : 03/02/2017

En Belgique, le revenu total net acquis par les 20% les plus riches de la population est à peu près quatre fois supérieur à celui des 20% les plus pauvres. Dans une perspective internationale, la Belgique obtient des résultats meilleurs que beaucoup d’autres pays. Les inégalités de revenus n’ont ni augmenté, ni baissé de manière significative ces dernières années.
 


Commentaire

La question de la mesure des inégalités de revenus est complexe. Les conclusions dépendent des définitions utilisées, des données, des sources et de la méthode.
Il y a deux types de sources qui fournissent de l'information sur la répartition des revenus : les statistiques administratives, comme celles de l’administration fiscale, et les recherches basées sur des échantillons de la population, comme l’enquête sur les revenus et les conditions de vie (enquête EU-SILC) et la récente Household Finance and Consumption Survey (EU-HFCS). Par rapport aux statistiques fiscales, les données de ces enquêtes ont l’avantage de ne pas être soumises à des modifications de la législation fiscale.

Nous allons examiner la répartition des revenus au moyen de deux critères : le coefficient de Gini et le ratio des quintiles de revenu supérieur et inférieur S80/S20. Nous nous attacherons ensuite à la répartition en fonction des sources de revenus (revenus du travail et revenus du patrimoine) et nous présenterons l’évolution des inégalités de revenus et de patrimoine. Pour l’évolution des revenus de remplacement, nous vous renvoyons aux fiches à ce sujet à la rubrique Des faits et des chiffres.

1. La répartition des revenus mesurée par le coefficient de Gini
2. La répartition des revenus mesurée par le ratio S80/S20
3. La répartition des revenus salariaux
4. La répartition des revenus du patrimoine
5. Inégalité ≠ Pauvreté

 

1. La répartition des revenus mesurée par le coefficient de Gini

Une norme souvent utilisée pour mesurer l'inégalité de revenu est le coefficient de Gini. La valeur du coefficient de Gini varie de 0 (égalité parfaite de revenu) à 100 (inégalité totale : tous les revenus sont aux mains d’une seule personne). D’après les chiffres de l’enquête SILC, le coefficient d’inégalité de revenus en Belgique fluctue ces dernières années autour de 26 et les derniers chiffres n’indiquent pas une baisse (tableau 2a et graphique 2a).

Tableau 2a et graphique 2a : Inégalités de revenus d'après le coefficient de Gini du revenu disponible équivalent, la Belgique, SILC 2004 (revenu net 2003) - SILC 2015 (revenu net 2014)

 

SILC 2004

SILC 2005

SILC 2006

SILC 2007

SILC 2008

SILC 2009

SILC 2010

SILC 2011

SILC 2012

SILC 2013

SILC 2014

SILC 2015

Belgique

26,1

28,0

27,8

26,3

27,5

26,4

26,6

26,3

26,5

25,9

25,9

26,2

Source : Direction générale Statistique - Statistics Belgium : Indicateurs EU-SILC



Il y a des différences régionales (graphique 2b) : à Bruxelles, la répartition des revenus est beaucoup plus inégale que dans le reste du pays (le coefficient de Gini s’élève pratiquement à 36 contre 24 en Flandre et 26 en Wallonie).

Graphique 2b : Inégalités de revenus d'après le coefficient de Gini du revenu disponible équivalent, en Belgique, dans les Régions et dans des pays européens, SILC 2015 (Belgique et Régions) et SILC 2014 (pays européens)

Source : IWEPS, Stabilité et transformations de la pauvreté en Wallonie?, Communiqué de presse 13 octobre 2016, graphique 2, p. 2 à base de SILC 2015 (Belgique et Régions, calculs IWEPS) et SILC 2015 (pays européens, Eurostat)



Par rapport à la répartition des revenus dans les États membres de l’UE (graphique 2c), on constate qu’en 2014 (SILC-2015) la Belgique se situe sous la moyenne européenne de 31,0. Avec un score de 26,2, elle fait partie des pays les plus égalitaires de l’Europe des 28, après la Slovaquie (23,7), la Slovénie (24,5), la République tchèque (25,0), la Finlande et la Suède (chacun avec un score de 25,2). Les inégalités sont plus grandes aux Pays-Bas (26,7), au Luxembourg (28,5), en France (29,2) et en Allemagne (30,1).  La Lituanie (37,9), la Roumanie (37,4) et la Bulgarie (37,0) obtiennent les plus mauvais résultats.

Graphique 2c : Inégalités de revenus d'après le coefficient de Gini du revenu disponible équivalent dans les Etats membres de l'Union européenne, SILC 2015 (revenu net 2014)

Irlande: données non disponibles
Source :
Eurostat, EU-SILC data


Tableau 2b : Evolution du coefficient de Gini du revenu disponible équivalent, quelques pays de l'Union européenen, SILC 1995 (revenu net 1994) - SILC 2015 (revenu net 2014)

 

SILC 1995

SILC2000

SILC 2005

SILC 2010

SILC 2015

Allemagne

29

25

26

29

30

Belgique

29

30

28

27

26

Danemark

20

:

24

27

27

Espagne

34

32

32

34

35

Finlande

:

24

26

25

25

France

29

28

28

30

29

Grèce

35

33

33

33

34

Pays-Bas

29

29

27

26

27

Pologne

:

30

36

31

31

Royaume-Uni

32

32

35

33

32

Suède

:

:

23

24

25

UE-28

:

:

:

31

31

Source : Eurostat, EU-SILC data



Contrairement à la plupart des pays de l’OCDE, les inégalités de revenus sont restées faibles en Belgique et ont peu progressé au cours des 25 dernières années. En Occident, c’est aux États-Unis qu’elles sont les plus fortes et elles ont encore augmenté depuis les années 80 (graphique 2d).

Graphique 2d : Evolution du coefficient de Gini du revenu disponible équivalent, plusieurs pays de l'OCDE, période 1985-2013

Source : OECD (2015), In It Together: Why Less Inequality Benefits All, OECD Publishing, Paris, Figure 1.3 p. 9.
Voir aussi : OCDE, Base de données sur la distribution des revenus

 

2. La répartition des revenus mesurée par le ratio S80/S20

Il y a cependant une limite à la mesure des inégalités de revenus au moyen du coefficient de Gini : elle donne beaucoup de poids aux changements qui surviennent vers le milieu de l’échelle des revenus. Une autre technique de mesure, le ratio des quintiles de revenu supérieur et inférieur S80/S20, est uniquement sensible aux modifications qui touchent les 20% des revenus les plus faibles et les plus élevés. Le S80/S20 est le rapport du revenu net total touché par les 20% de la population au revenu net le plus important (quintile supérieur), au total des revenus nets touchés par les 20% de la population au revenu net le plus faible (quintile inférieur). Sur la base de l’enquête SILC, le ratio S80/S20 pour la Belgique s’élève à 3,8 depuis 2012 (SILC 2013) (tableau 2c et graphique 2e). Cela veut dire que le revenu total net acquis par les 20% les plus riches de la population est à peu près quatre fois supérieur à celui des 20% les plus pauvres.

Tableau 2c et graphique 2e : Ratio des quintiles de revenu S80/S20 en Belgique, SILC 2004 (revenu net 2003) - SILC 2015 (revenu net 2014)

 

SILC 2004

SILC 2005

SILC 2006

SILC 2007

SILC 2008

SILC 2009

SILC 2010

SILC 2011

SILC 2012

SILC 2013

SILC 2014

SILC 2015

Belgique

3,9

4,0

4,2

3,9

4,1

3,9

3,9

3,9

4,0

3,8

3,8

3,8


Source : Direction générale Statistique - Statistics Belgium : Indicateurs EU-SILC


Le graphique 2f montre la situation belge dans une perspective européenne. En 2014 (SILC 2015), le ratio S80/S20 fluctue entre 3,5 ( la Slovaquie et la République tchèque) et plus de 7,0 (la Bulgarie, la Lituanie et la Roumanie). En comparaison avec la moyenne européenne (5,2), la Belgique s’en sort donc bien: 3,8.

Graphique 2f : Ratio des quintiles de revenu S80/S20 dans les Etats membres de l'Union européenne, SILC 2015 (revenu net 2014)

l'Irlande: données non disponibles
Source :
Eurostat, EU-SILC data

 

3.  La répartition des revenus salariaux

La répartition par déciles D9/D1 compare les revenus du travail des 10 % des travailleurs les moins bien payés (D1) à ceux des 10 % des travailleurs les mieux payés (D9). En 2014, ce ratio D9/D1 s’élevait à 2,4 pour la Belgique, sur la base de l’Enquête sur la structure et la répartition des salaires (aussi appelée enquête SES). Cela signifie que les 10 % des travailleurs les mieux rémunérés gagnent au moins deux fois plus que les 10 % des travailleurs les moins bien rémunérés.
Le graphique 2g présente ce ratio D9/D1 pour les États membres de l’UE. On constate de grands écarts au niveau des salaires horaires bruts : avec un ratio de 2,1, la Suède est le pays le plus égalitaire alors que la Pologne possède le ratio le plus élevé, avec 4,7. Après la Suède, c’est en Belgique, au Danemark et en Finlande que l’on retrouve les ratios les plus bas (2,4 dans les trois cas).

Graphique 2g : Ratio de dispersion D9/D1 dans les Etats membres de l'Union européenne, 2014

Grèce et Croatie : données non disponibles
Source : Eurostat, Quid de la répartition des salaires dans l'UE?, Communiqué de presse du 12 décembre 2016.


En 2014, la moitié des travailleurs occupés à temps plein gagnait moins de 2.976 euros bruts par mois alors que les autres salariés percevaient un revenu plus élevé. Quand on regarde les extrêmes, on constate que 10 % des travailleurs gagnent moins de 2.220 euros bruts par mois. À l’autre extrémité du spectre, 10 % des salariés perçoivent un revenu supérieur à 5.178 euros. (Source  : Direction générale Statistique - Statistics Belgium, Les salaires belges sous la loupe. Communiqué de presse du 28 juillet 2016)

Cet écart salarial, mesuré à l’aide du ratio D9/D1, fluctue en Belgique sous les 2,5 depuis 2000 (graphique 2h).

Graphique 2h : Ratio de dispersion D9/D1 en Belgique, 2000-2014

Source : OECD.Stat



Si on se base sur le coefficient de Gini des salaires bruts des personnes qui ont travaillé à temps plein pendant une année complète, on n’observe pas non plus de creusement des inégalités au cours de la dernière décennie. (Source : Cantillon Bea (2016). De staat van de welvaartsstaat, pp. 68-69 et 485)

 

4. La répartition des revenus du patrimoine

L’enquête Household Finance and Consumption Survey (EU-HFCS) a été spécialement conçue pour établir un état des lieux de la répartition des patrimoines dans les pays de la zone euro. Pour ce qui est de la première vague de l'enquête, les entretiens ont été menés en 2010; la deuxième vague a été menée en 2014. Le patrimoine net des ménages est la somme de leur patrimoine réel (comme le logement dont ils sont propriétaires, des objets précieux,...) et financier (comme des comptes courants et des comptes d’épargne, des obligations, des actions,...), déduction faite de toutes leurs créances en cours.
Il convient de souligner que les données de cette enquête sont des estimations assorties de marges d’erreur d’autant plus grandes que le groupe étudié est réduit ou diversifié. Ces marges d’erreur sont donc particulièrement grandes pour les centiles extrêmes.
La répartition du patrimoine est restée relativement stable entre les deux vagues de l’enquête. Les ménages les plus pauvres ne possèdent pratiquement pas de patrimoine alors que les 20 % des ménages les plus fortunés possédaient ensemble, en 2014, environ 59% du patrimoine total net des ménages belges, contre 61% en 2010 (graphique 2i). La part des 10 % des ménages les plus opulents est restée stable à 43-44 % du patrimoine net global des ménages belges, celle des 5 % les plus favorisés à 30-31 % et celle du pourcent le plus riche à 12 %. La répartition des revenus suit d'assez près celle du patrimoine. Les ménages à haut revenu disposent en règle générale aussi d'un patrimoine élevé, et inversement. (Source : Du Caju, La répartition du patrimoine en Belgique : premiers résultats de la seconde vague de la Household Finance and Consumption Survey (HFCS), septembre 2016)

Graphique 2i : Répartition du patrimoine net, Belgique, 2010 et 2014

Source : Du Caju, La répartition du patrimoine en Belgique : premiers résultats de la seconde vague de la Household Finance and Consumption Survey (HFCS), septembre 2016, graphique 9, p. 39 sur la base de BNB (HFCS 2010 et 2014, données provisoires).

 

5. Inégalité ≠ Pauvreté

La plupart des outils de mesure des inégalités, comme le coefficient de Gini, sont insensibles au niveau général de vie d’un pays. Ainsi, les revenus peuvent être 100 fois inférieurs dans un pays à ceux de la Belgique et présenter malgré tout le même coefficient de Gini.
Quand on étudie les inégalités de revenus, il est important de s’intéresser aux évolutions de la répartition des revenus d’un groupe à l’autre et de les analyser en termes de sexe, d’âge, de niveau de formation, de profession, de secteur,… Une telle analyse révèle que, sous la stabilité générale de la répartition des revenus, il y a tout de même eu des évolutions au cours de la décennie écoulée : une part croissante de la population active peu qualifiée possède un revenu inférieur au seuil de pauvreté alors qu’une proportion croissante de personnes âgées possède un revenu qui se situe (juste) au-dessus de ce seuil. Il semble donc qu’un groupe ait dans une certaine mesure pris la place de l’autre, en bas de l’échelle des revenus: voir SPF Sécurité sociale, Analyse de l’évolution de la situation sociale et de la protection sociale en Belgique, juin 2016.

Pour l’évolution de la précarité des revenus, nous vous renvoyons à la fiche Combien de personnes connaissent-elles un risque de pauvreté ? dans la rubrique Des faits et des chiffres.


Au sujet de la pertinence de la (re)distribution des revenus pour le développement durable et pour d’autres sources, nous vous renvoyons à la fiche Inégalités de revenus de la Task force développement durable du Bureau fédéral du Plan.

Dernière mise à jour : 03/02/2017